samedi 15 novembre 2008
528. ceux qui ont voté pour le mal absolu
Qu'on ne s'y trompe pas: je ne suis pas en faveur de l'avortement. Je trouve simplement que la manière dont certains Catholiques (et particulièrement des prêtres et des évêques) traitent la lutte contre l'avortement fait très peur. Notamment aux Catholiques appartenant à des minorités sexuelles ou aux homophiles, qui se demandent quand les mêmes méthodes leur seront appliquées.
Ainsi, pour prendre un cas concret (et c'est vrai qu'il n'est pas représentatif, heureusement), un prêtre catholique de la Caroline du Sud (aux USA, pas vraiment un État progressiste) a écrit (et j'insiste sur le terme) une lettre à ses paroissiens pour les inviter à se retenir de venir communier s'ils ont voté pour Barack Obama, et cela jusqu'à ce qu'ils se soient confessés et aient fait la pénitence qu'ils se méritent. En effet, dit la lettre du curé, le président-élu est un Démocrate qui prône la liberté de choix des femmes (pro-choice) et donc, selon les pro-life, cela signifie qu'il est clairement en faveur de l'avortement. Un raisonnement un peu spécieux mais qui montre bien que la notion de tolérance n'existe pas: "si je permets que la prostitution existe, c'est que je suis en faveur de la prostitution" ou bien "si je permets la vente d'alcool, c'est que je suis en faveur de l'ivresse". Raisonnement fréquent aujourd'hui dans le monde catholique, notamment pour les questions liées aux minorités sexuelles, et intellectuellement très insatisfaisant (surtout à la lumière de ce que l'Église a fait dans les siècles passés). Mais là n'est pas mon propos.
La thèse du bon prêtre est tout à fait "conforme": selon sa logique, en votant démocrate, les 53% (estimés) de Catholiques de Caroline du Sud ont collaboré de manière concrète et déterminante à un mal particulièrement grave, parmi les plus graves puisqu'il s'agit du meurtre de centaines voire de milliers d'innocents. Ces électeurs démocrates catholiques ont donc commis un péché mortel d'une force telle qu'ils sont empêchés d'approcher de la communion eucharistique.
Dans la lettre qu'il a distribuée dimanche (avant la messe, je suppose) dans sa paroisse de Notre Dame à Greenville, le père Jay Scott Newman déclare même que les électeurs catholiques du président-élu mettent leur âme immortelle en danger de finir en enfer s'ils viennent communier sans avoir fait pénitence. Car, pour reprendre ses termes, voter pour un homme qui est aussi clairement pro-avortement alors que le choix alternatif existait, c'est clairement (pour un Catholique) se placer publiquement en dehors de la foi de l'Église et donc en dehors de sa pleine communion par la collaboration active à un mal extrême. Ces Catholiques se sont volontairement placés devant toute la rigueur du jugement divin. (sic)
En fait, durant toute la campagne électorale, les évêques ont clairement dit que la position des candidats sur l'avortement passait avant toute autre considération au moment du vote. Selon eux, rien ne peut (toujours pour un Catholique) justifier de voter pour un candidat qui est publiquement en faveur de l'avortement. Aucune autre considération: ni sa position sur la guerre, ou la justice sociale, ou l'environnement, ou l'éducation, ou le racisme. Toutes les positions politiques des candidats sont éclipsées par sa position sur l'avortement. Et donc, dans le cas d'Obama, ce dernier est le pire candidat possible pour un électeur catholique, toujours selon les évêques.
Néanmoins, les évêques sont publiquement en désaccord entre eux sur le fait de savoir si un homme politique qui ne s'est pas opposé aux lois pro-avortement devrait être accepté à la communion eucharistique. On vient donc de franchir une étape importante par le fait qu'une série de responsables catholiques déclarent que les électeurs catholiques qui votent démocrate mettent leur âme immortelle en danger de s'éloigner de Dieu de façon grave.
Le curé Newman se défend néanmoins d'avoir pris une position politique. Selon lui, si les rôles avaient été inversés et que c'était le candidat républicain qui était pro-choice, il aurait écrit en faveur du candidat démocrate pro-life. Et je crois effectivement qu'il est honnête en disant cela. Je crois, de fait, que les évêques et les prêtres entendent dire que, entre plusieurs candidats pro-life, les électeurs peuvent choisir tout à fait en leur âme et conscience. Mais ils entendent souligner aussi qu'un Catholique ne peut en aucun cas, de manière absolue, et je le souligne, voter pour un candidat qui ne déclare pas son intention de lutter totalement conte l'avortement. C'était le cas de Bush, bien que son bilan en la matière est encore plus éthéré qu'en d'autres domaines.
La porte-parole de la conférence épiscopale américaine, soeur Mary Ann Walsh, n'a pas commenté l'attitude du curé Newman, ni n'a donné d'information pour savoir si une telle attitude était fréquente, ou souhaitable, ou encouragée, dans le clergé.
Néanmoins, les associations de Démocrates Catholiques ont réagi très négativement. Selon eux, une telle attitude aura un coût: une grave perte d'autorité morale pour les prêtres et les évêques. En soulignant le fait que cette autorité morale est assez malmenée aux États-Unis, suite aux affaires de violeurs d'enfants dans le clergé.
Pour ma part, j'ai toujours eu du mal avec cette classification du mal: entre l'avortement et le génocide, entre l'avortement et la torture, entre l'avortement et d'autres comportements qui tuent ou blessent des innocents. Une femme qui choisit d'avorter doit-elle être mise sur le même pied (ou déclarée pire) qu'un homme qui torture un prisonnier ou qui, par ses spéculations financières, a affamé des millions de personnes?
Plus encore, cette notion de "complicité criminelle" est aussi un problème intellectuel pour moi. Avoir voté Obama, c'est d'abord s'être rendu complice de tous les avortements à venir? C'est tout ce que le vote pour le candidat démocrate représentait pour les évêques catholiques? Je trouve que c'est tellement mince par rapport aux questions de guerre, de terrorisme, d'environnement, de crise financière et économique, qui attendent le président élu.
Est-ce que les évêques catholiques voient bien le message qu'une telle attitude donne aux citoyens qui luttent tous les jours pour garder leur emploi, pour ne pas perdre leur maison, pour empêcher que leur enfant soit tué au combat? Loin de moi de minimiser la question de l'avortement, mais je n'arrive pas à trouver de bons arguments pour dire aux gens que cette question est LA question numéro un qui éclipse toutes les autres...
Mais je suis plus inquiet encore: que va-t-il se passer quand les droits des minorités sexuelles seront dans la balance? Les électeurs qui n'ont pas voté contre l'élargissement des droits des minorités sexuelles doivent-ils aussi se retenir d'aller communier pendant la messe?
Enfin, pire encore: le sacrement de l'Eucharistie sera-t-il plus honoré parce que des milliers d'électeurs feront passer, en conscience, leurs choix citoyens avant leur pratique religieuse? l'Église sera-t-elle grandie si (comme pour la question de la contraception ou du divorce) les fidèles catholiques finissent par penser "je m'en fiche de la position des évêques, je vais communier et je continue à agir ou à voter en conscience"? l'Église sort-elle grandie d'avoir à nouveau utilisé l'arme de l'impureté, de la peur de l'enfer et de la colère divine?
Publié par
Lorenzo Rizzi
à
10:17
Mots-clefs : catholique, chrétien, gay, homosexualité, homosexuel, religion
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1 Commentaires:
la guerre n'est pas l'argument prioritaire mais l'avortement si. Quelque chose m'échappe. Il est plus valable de mourir par temps de guerre ou par la peine de mort pltôt que par l'avortement ?
C'est ridicule...
cyril
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