jeudi 13 novembre 2008

527. le beurre et l'argent du beurre

La position des cardinaux et des autres hiérarques catholiques est intellectuellement de plus en plus intenable: d'un côté, affirmer que le mariage et la famille sont en grave danger chaque fois qu'on reconnaît les droits des minorités sexuelles, et d'un autre côté ne pas apparaître comme homophobes et discriminatoires aux yeux d'un grand public qui comprend de moins en moins cet acharnement (surtout qu'il y a bien d'autres problèmes plus importants dont ils pourraient s'occuper).

C'est intenable, parce qu'à la fois les évêques doivent mobiliser les "troupes" pour manifester contre l'homosexualité, pour voter et pour influencer la vie politique, et parce qu'il faut aussi se protéger contre les associations homophiles ou homosexuelles et les manifestants qui viennent exiger le respect.

Le cardinal de Los Angeles, Mgr Roger Mahony, vient d'en faire l'amère expérience: au lendemain de ces élections du début novembre, il a publié un communiqué pour remercier les fidèles et les groupes catholiques qui se sont mobilisés pour soutenir la fameuse "proposition 8" soumise à référendum et qui visait à interdire les mariages homo qui existent en Californie depuis six mois et "couler dans le bronze" que le mariage n'existe qu'entre un homme et une femme. Assez curieusement, alors que la Californie a largement voté Obama, il s'est aussi trouvé une majorité pour demander que l'on revienne en arrière sur une décision de la Cour Suprême de l'état qui offrait le mariage aux homo.

Néanmoins, après la courte victoire du "oui" (à peine 52%, une petite déception tout de même), le cardinal Mahony s'est retrouvé avec une manifestation d'opposants devant sa cathédrale. D'où sa réaction officielle: "Cette proposition 8, écrit-il, n'était pas dirigée contre quelque groupe que ce soit dans la société". Non, mais tu rigoles? C'est tout de même parce que la Cour Suprême de Californie a autorisé le mariage homo que le besoin de re-re-définir le mariage s'est fait sentir! Mais c'est vrai que la chère éminence (qui a eu des périodes très homophiles dans le passé, avant le Pontife actuel) ne veut pas donner l'impression qu'il a mobilisé le ban et l'arrière-ban catholique contre les homosexuels qui désirent se marier!

Non, évidemment, hors de lui une telle mauvaise pensée! "Le seul but (de cette mobilisation), écrit-il, est de protéger le plan de Dieu pour l'humanité de toutes les époques." Là, pour le coup, on a trouvé l'excuse en or: défendre le plan de Dieu, quoi de plus sublime? Honnêtement, cette façon de consacrer le mariage bourgeois comme quelque chose de prévu de toute éternité dans le plan de Dieu a toujours été déconcertante pour moi. Et tout autant cette certitude qu'ils ont que Dieu a tellement besoin que son plan éternel soit coulé dans des législations civiles. Franchement, il n'y a pas des choses plus importantes dans le plan de Dieu? comme la charité, le justice, la solidarité, la paix?

Et pour se dédouaner, le cher cardinal ajoute aussitôt: "L'Église Catholique comprend qu'il y ait des gens qui choisisse de vire dans des relations différentes que le mariage traditionnel." Elle comprend? Vraiment? Oui, bon, elle comprend, dans le sens qu'elle sait que ça existe et qu'elle en a entendu parler. Mais elle n'accepte pas du tout. Aucune compréhension, dans le sens d'une acceptation. Parce que, dans le fond, il n'y a que le mariage traditionnel qui soit moralement acceptable et compréhensible pour l'Église Catholique: pas de concubinage, ni d'union libre, ni de sexe en dehors du mariage, et a fortiori pas d'union homo.

Et pour ces gens qu'elle "comprend", l'Église Catholique, dit encore le cardinal, demande que "Tous leurs droits spirituels, pastoraux et civils doivent être respectés, tout comme leur appartenance à l'Église.’’ Et là, c'est vraiment le beurre et l'argent du beurre: c'est comme s'il disait "nous ne sommes pas des homophobes, au contraire, mais aucune revendication des homosexuels pour la reconnaissance de leurs familles et de leurs couples ne doit être rencontrée".

Comment peut-il, d'une main, demander qu'il n'y ait aucune protection civile pour les unions entre homosexuels et, d'autre part, demander que leurs droits civils, spirituels et pastoraux soient respectés? Et que dire des personnalités politiques catholiques qui ont été pratiquement interdites de communion eucharistique à cause de leurs prises de positions homophiles?

Et si ce type d'attitude paradoxale était le signe que les cardinaux et les hiérarques du terrain (à l'opposé de ceux du Vatican, toujours coupés du réel) savent que leurs positions doctrinales sont intenables mais qu'ils doivent loyalement les tenir?

Ce que je me demande surtout, c'est si le cardinal Mahony a un bon médecin: ulcères à l'estomac, insomnie, les problèmes ne vont pas lui manquer. Le pauvre.