mercredi 12 novembre 2008

526. comme une blessure

Il y a eu quelques commentaires sur les nouvelles normes pour l'utilisation de la psychologie dans la sélection des candidats au sacerdoce. Le Vatican avait bien besoin, c'est vrai, de mettre un peu d'ordre. Certains séminaires accueillent vraiment n'importe qui, tant le manque de prêtre est criant, du moment que le candidat est fidèle, dévot et zélé. D'autres séminaires abusent des filtrages psychologiques. Rien d'étonnant, donc, me semble-t-il, à ce document vatican.

Par contre, hélas, on a eu raison de voir dans cette directive une ré-affirmation de tout ce que la doctrine officielle de l'Église Catholique Romaine pense (de mal) des homosexuels.

Je ne rejoins pas ceux qui affirment que c'était le seul but du document, de dire du mal des homo. Mais c'est clair que c'est la partie la plus "désagréable". Certes, le "ton" utilisé est aimable, gentil, poli, et respectueux.

Mais ça n'enlève rien à la douleur. Je suis tombé sur un article de PinkNews qui résume bien tout ce que je n'aime pas dans cette littérature vaticane. Je vous le traduis pour la facilité:

Pour refuser la candidature d'un jeune homme qui entend l'appel au sacerdoce, "Il ne faut pas nécessairement que le candidat pratique activement l'homosexualité," explique le cardinal Grocholewski, préfet de la Congrégation pour l'éducation.

"Il se peut même qu'il n'ait commis aucun péché. Mais s'il a des tendances solidement ancrées, il ne peut pas être accepté pour le ministère sacerdotal, justement à cause de la nature même du sacerdoce, qui implique la pratique d'une forme de paternité spirituelle." Un commentaire: et donc, pour le bon cardinal, les homosexuels masculins ne peuvent être pères, pas même spirituellement. Où il va chercher ça? Aucune idée. Pas dans les faits, en tous cas.

Encore une fois, "Nous ne disons pas qu'il faut vérifier si le candidat commet ou non des péchés, mais tout simplement s'il a ou non des tendances solidement ancrées. Il ne s'agit donc pas d'observer le célibat en tant que tel. Il faut que ce soit un célibat vécu comme un hétérosexuel, qui est la tendance normale." Encore un commentaire: il y aurait donc deux formes de célibat? le célibat vécu par des homo et un autre, apparemment tout autre, vécu par des hétéro? Et quoi, il est plus convenable que le séminariste vive son célibat dans le renoncement aux femmes plutôt que dans le renoncement aux hommes? Je crois entendre un professeur de théologie aujourd'hui décédé et qui n'aurait pas démenti cette position vaticane: "par son vœu de célibat, le prêtre ne renonce pas au péché et à la débauche, mais bien à un mariage chrétien réussi". Je n'ai jamais accepté cette position intellectuelle car, après tout, l'histoire nous montre qu'il y a de nombreuses formes d'appel du Seigneur.

Mais lisons plus loin: "En un certain sens, quand nous nous demandons pourquoi le Christ a réservé le sacerdoce aux hommes, nous parlons bien de cette paternité spirituelle, et nous maintenons l'opinion que l'homosexualité est une sorte de déviation, un type d'anormalité. Dès lors, c'est une sorte de blessure dans la capacité à exercer le sacerdoce, à former des relations avec les autres. Et c'est justement pour cela que nous disons que quelque chose ne fonctionne pas dans le psychisme des homosexuels. Nous ne parlons donc pas seulement de son éventuelle capacité à s'abstenir d'avoir des relations sexuelles."

Que les minorités sexuelles soient minoritaires, c'est un pléonasme. Dire qu'une minorité est forcément une déviance ou une anormalité, c'est un pas que ne franchissent plus de nombreux psychiatres et psychologues. Par contre, à mon grand étonnement, les responsables vaticans sont restés très freudiens, relativement primitifs dans leur compréhension de la psychologie.

Ceci dit, je suis tout de même étonné de lire que l'essence du sacerdoce, c'est la paternité spirituelle, alors que le Christ lui-même n'a pas du tout assumé une figure paternelle. Au contraire, il semble insister sur la fraternité, du genre "ne vous faites appeler ni père, ni maître". La notion de "père de la communauté" vient surtout avec saint Paul, selon moi. Et encore: c'est une des façons de voir le sacerdoce. Il y aurait d'ailleurs des choses à dire sur la différence de spiritualité entre le sacerdoce des prêtres diocésains (en charge de communautés) et le sacerdoce des religieux (plus missionnaire ou plus itinérant, moins lié à la paternité auprès d'une communauté locale).

Les candidats au sacerdoce, dit encore le texte, doivent aussi montrer "un sens positif et stable de leur identité masculine et de leur capacité à former des relations mûres avec d'autres personnes ou groupes de personnes." Selon moi, c'est une déclaration d'ouverture de la chasse aux "folles" dans les séminaires. Tous ceux qui, de près ou de loin, sont un brin efféminés, dehors. Est-ce qu'ils croient vraiment que les macho feront de meilleurs prêtres?

Il y a eu, par le passé, des dizaines de milliers de prêtres homosexuels absolument formidables. Certains ont même accédé à la sainteté "officielle". Il y a donc un peu de "négationnisme" à dire aujourd'hui qu'il faut absolument filtrer les candidats homosexuels au sacerdoce.

Ceci dit, me faisait remarquer un ami prêtre, c'est un simple retour à ce qui se faisait il y a quelques dizaines d'années: la clandestinité, le mensonge, le faux-semblant. Pendant des siècles, les candidats homosexuels à la prêtrise ou à la vie religieuse ont nié leur orientation sexuelle, que ce soit publiquement ou (souvent) intérieurement.

Mais pour ma part, ce qui me désole, c'est le message qui est envoyé à ceux qui, actuellement, sont des prêtres homosexuels: "si c'était à refaire, on ne vous aurait pas reçu au séminaire et on ne vous aurait pas ordonnés". C'est vraiment cruel, je trouve.

Aujourd'hui, c'est à eux que je pense et je prie pour eux.