Projet Déjà Avancé pour Honorer l'Astronome
Par GABRIEL KAHN et ANDREW HIGGINS - 28 Août 2008
CITÉ du VATICAN - Cela fait des siècles que l'Église Catholique Romaine commande des statues de saints et d'autres héros pieux. Mais le cas qui nous occupe aujourd'hui touche à un sujet plus sensible, puisqu'il s'agit d'un monument à un homme qui est, d'une certaine manière, un de ses plus glorieux hérétiques.
Près de 400 ans après que l'Inquisition Romaine ait condamné Galileo Galilei pour son obstination à dire que la Terre tourne autour du soleil, un donateur anonyme se propose aujourd'hui d'offrir à l'Académie Pontificale des Sciences d'honorer la facture pour une statue de l'astronome italien.
En fait, les officiels du Vatican officials avaient espéré garder secrets ces projets de statue, au moins jusqu'à ce qu'on soit au-delà de la phase de planification. Ils craignaient que leur mystérieux bienfaiteur (une compagnie privée) ne soit refroidie par le débat autour du projet. Hélas, il finit par filtrer vers la presse italienne. "Je suis inquiet que les donateurs changent d'avis," explique Mgr Marcelo Sánchez Sorondo, chancelier de l'Académie des Sciences. Mais il se refuse à commenter l'identité ou les motifs du donateur.
Pour le fidèle catholique de base, Galilée a toujours été un sujet sensible. Son procès en 1633 et sa condamnation par un tribunal ecclésiastique peuvent être considéré comme le plus grand désastre en termes de relations publiques pour le Vatican. Car ils faisaient du scientifique un 'martyr de la vérité' et de l'Église un 'ennemi de la raison'.
Mgr Sánchez, l'auteur d'un livre sur Galilée et le Vatican, est d'avis qu'une statue serait un "beau geste" et montrerait que foi et science sont les branches du même arbre. Mais il s'inquiète qu'une telle initiative ne fasse encore pointer du doigt l'Église. "J'entends déjà les commentaires de tout le monde, dit-il: 'Ah, maintenant, après 400 ans, l'Église présente enfin ses excuses. Mieux vaut tard que jamais!'"
Au cours des siècles, le Vatican a essayé, souvent à contre-coeur et toujours en vain, de corriger la "gaffe galiléenne". Tout commence en 1718, avec la permission de publier certaines de ses oeuvres. Le dernier vestige de condamnation de l'idée que la Terre tourne autour du soleil n'a pourtant été abandonné qu'en 1835, quant tous les livres faisant la promotion de l'héliocentrisme ont été retirés de l'index des livres interdits à la lecture. Le pape Jean-Paul II, en 1992, exprima même du regret pour ce qu'il a qualifié de "tragique incompréhension mutuelle".
De nos jours, l'Église insiste qu'il n'y a absolument aucun problème avec la science moderne, et même la science-fiction. En mai dernier, par exemple, l'astronome en chef du Vatican a déclaré que la théologie catholique peut très bien s'accomoder des hypothèses sur l'existence des extraterrestres. La Bible, dit-il, n'étant pas, après tout, un livre de sciences.
Les disputes contre Galilée, pourtant, continuent à faire rage. En janvier, des étudiants et des professeurs de l'université romaine de La Sapienza ont torpillé une invitation officielle faite au pape Benoît XVI de visiter leur campus. Leur indignation: En 1990, un certain cardinal Joseph Ratzinger présentait une conférence à La Sapienza que certains esprits critiques ont interprété comme une défense de la position ecclésiastique contre Galilée. Des Catholiques islandais ont, récemment, menacé de boycotter une compagnie locale de mobilophonie parce que, plus tôt dans l'année, elle a publié une publicité qui se moque de la position de l'Église dans l'affaire sur la prétendue hérésie de Galilée.
Au début les relations entre Galilée et l'Église étaient excellentes. Célébré dans toute l'Europe pour ses écrits scientifiques, le développement d'un des tous premiers téléscopes modernes, entre autres choses, Galilée avait beaucoup d'amis dans l'Église, car, quand elle ne passait pas son temps à pourfendre l'hérésie, elle jouait un très grand rôle dans la promotion des jeunes talents intellectuels.
L'Inquisition, un réseau de tribunaux ecclésiastiques chargés de garantir l'orthodoxie doctrinale, s'était bien inquiétée de certains écrits de jeunesse de Galilée mais s'était finalement contentée d'une petite tape sur la main. Mais les choses deviennent plus sérieuses en 1632 avec la publication de son "Dialogue sur les Deux Grands Systèmes du Monde".
Galilée eut beaucoup d'admirateurs et au moins autant d'ennemis. De caractère difficile, il assassinat ses critiques dans ses écrits et réussit même à s'aliéner ses plus importants alliés. Sa vie personnelle faisait aussi froncer les sourcils. Il eut trois enfants en dehors du mariage.
Néanmoins, pour le Vatican, cette affaire ne fit qu'empirer avec le temps. Avoir dénoncé un homme qu'Albert Einstein va plus tard qualifier de "père de la science moderne", voilà qui a placé l'Église du mauvais côté de l'Histoire. Et quand les Lumières arrivèrent sur le 18ème siècle, l'Église s'est retrouvée qualifiée d'institution rétrograde qui freine le progrès.
Galilée devient alors une sorte d'icône mondiale, le Che Guevara d'une science débarrassée de la religion. Aux États-Unis, l'Administration Nationale de l'Aéronautique et de l'Espace a nommé une fusée d'après Galilée. L'Europe a fait la même chose avec son immense systéme de postionnement par satellite, qui doit succéder au GPS. Le Guatemala a donné son nom à une université. L'une des lunes de Jupiter porte son nom.
"Plus que Darwin ou toute autre figure, il représente l'idée selon laquelle il existe un conflit entre la Science et l'Église," explique Mgr Sánchez.
Peu après son accession au pontificat en 1978, Jean-Paul II decidait d'essayer de corriger les choses une bonne fois pour toutes. Il s'est plaint que Galilée "eut beaucoup à souffrir des mains de certains individus et de certaines institutions ecclésiales" et il a plus tard convoqué une commission pontificale pour ré-examiner l'ensemble du procès Galilée.
"Nous avons ouvert les archives secrètes du Vatican pour tenter de comprendre autant que possible la position de Galilée," raconte le cardinal Paul Poupard, qui dirigeait l'un des groupes d'étude de cette commission. Mais après 12 ans d'études intenses, la commission a finalement publié un rapport mi-figue mi-raisin, qui fait porter le chapeau à "certains personnes" pour avoir "persécuté" Galilée, tout en lavant l'Église de toute forme de culpabilité.
Le Vatican a pourtant des difficultés à trouver un endroit convenable pour la statue. "C'est assez dur au Vatican," explique Nicola Cabibbo, un professeur de physique et le president de l'Académie Pontificale des Sciences. "Il y a plein d'objets d'art partout. Certains de tous grands maîtres. Alors, où placer une statue moderne de Galilée?"
Une statue approuvée par le Vatican, explique Paolo Galluzzi, qui est à la tête de l'Institut et Musée de l'Histoire des Sciences à Florence, voilà qui ressemble à une tentative pour convaincre les gens que l'Église a depuis longtemps faire la paix avec le scientifique. "Il s'agit d'un effort pour faire de lui un symbole, une des nouvelles figures emblématiques de l'Église," explique M. Galluzzi, dont le musée s'enorgueillit de deux des téléscopes mis au point par Galilée. "C'est l'Église qui a besoin d'être réhabilitée, pas Galilée! C'est lui qui avait raison!"
De l'autre côté de la barricade, entre-temps, il y a les Catholiques qui pensent que l'Église a déjà fait largement assez pour "compenser" l'erreur du procès contre Galilée. Atila Sinke Guimarães, un écrivain conservateur catholique, écarte d'un geste de la main les mavais traitement que l'Église aurait soi-disant fait subir à Galilée. Ce n'est que de la légende, dit-il. Car après tout, soutient-il, le scientifique n'a eu que ce qu'il méritait. "L'Inquisition a en fait agit avec beaucoup de retenue: il n'a même pas été torturé."



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